Ancienne friche industrielle devenue quartier vertueux : zoom sur l’ÉcoQuartier Danube à Strasbourg

tour elithis strasbourg

Pour les grandes métropoles hexagonales, donner une deuxième vie à d’anciens sites industriels est devenu un enjeu primordial. La ville de Strasbourg, capitale de la région Grand Est, ne fait pas exception. Avec Eurométropole, l’intercommunalité, la Ville a entamé il y a plus de 10 ans la réhabilitation d’une vaste zone. Parmi les programmes qui ont émergé depuis, arrêtons-nous sur l’ÉcoQuartier Danube et son projet totem : la tour Elithis Danube. Comment imagine-t-on et mène-t-on à bien un tel projet à l’échelle d’un quartier ? Comment une tour d’habitation peut-elle générer de l’énergie au lieu d’en consommer ? Quel rôle majeur joue le béton dans ce processus et ces ouvrages vertueux ? Coup de projecteur sur un projet à dimensions urbaine, environnementale et sociétale.

 

ÉcoQuartier : de quoi parle-t-on ?

Alain Chiesa, directeur opérationnel à la SERS (Société d’Aménagement et d’Equipement de la Région de Strasbourg) en a fait l’expérience : le grand public peut avoir une idée plus ou moins erronée de ce qu’est un ÉcoQuartier, parfois biaisée par une vision scandinave ou allemande de la chose. En fait, l’ÉcoQuartier est un label faisant partie de la démarche du même nom, portée par le ministère de la Transition écologique. L’objectif : concevoir, construire et gérer durablement la ville. Quant au label, il valorise donc des projets répondant à un référentiel précis. Parmi les ÉcoQuartiers de l'Eurométropole : le quartier Danube.

 

Au commencement, il y avait…

Pour comprendre ce qu’est le quartier Danube aujourd’hui, il faut remonter dans le temps et dézoomer quelque peu. Et c’est Alain Chiesa qui nous accompagne pour ce voyage spatio-temporel. L’actuel quartier Danube est une « petite pièce urbaine » qui s’inscrit dans une réflexion à plus grande échelle, sur un secteur de 250 hectares : une bande inconstructible qui par le passé servait à la protection militaire de Strasbourg. Un espace petit à petit grignoté par diverses activités portuaires et industrielles, avec notamment une usine de production de gaz. « Les premières grandes libérations de foncier par des acteurs comme GDF ont ouvert des perspectives d’aménagement », éclaire le directeur opérationnel à la SERS. Autre élément déterminant : la démolition d’un grand viaduc autoroutier et l’arrivée du tram en 2005 qui ont permis de « remettre la ville à plat ». Ajoutons-y le déclassement de l’ancienne RN4, transformée en grande voie urbaine : c’est aujourd’hui l’avenue du Rhin. Danube est donc une petite pièce dans ce secteur qui va du quartier Heyritz à la ville de Kehl côté allemand, avec un dénominateur commun à tous les projets de cette zone : « rendre accessibles les quais et berges du bassin attenant ».

 

Danube, ou la co-construction d’un nouveau quartier qui mixe les matériaux

Les premières concertations autour du futur quartier remontent à 2007. Logements, voies de circulation, parkings en sous-sol… Dans un premier temps, le schéma directeur est somme toute classique. Le changement de municipalité en 2008 va rebattre les cartes, avec notamment la nomination d’Alain Jund au poste d'adjoint chargé de l’urbanisme. Alain Chiesa se souvient : « La municipalité a questionné le programme et a souhaité y mettre davantage d’environnement, instiller une démarche de concertation et effectuer des recherches autour de la mobilité, de la mixité programmatique, mais aussi de l’aménagement sur une ancienne friche polluée. »

Parties prenantes, prestataires mais aussi citoyens curieux ou intéressés ont alors participé aux nombreuses réunions qui ont finalement débouché sur l’élaboration d’un cahier des charges. D’autres parties prenantes sont alors entrées dans le projet, comme la SERS en 2010, missionnée pour l’aménagement du futur quartier. Et c’est en 2012 que la labellisation du programme en ÉcoQuartier est finalement retenue.

 

Le projet ? Un vaste ensemble comptant notamment 700 logements, avec 50% de logements sociaux et 10% dédié à l’habitat participatif sous toutes ses formes. Des bâtiments qui mixent un grand nombre de matériaux et de modes constructifs. Par exemple, à l’angle de l’avenue du Rhin et de la rue Alfred Kastler, l’îlot-I et Danube Vert marquent l’entrée de l’écoquartier strasbourgeois. Leur architecture est un assemblage frugal de béton drapé d’acier et rehaussé de verre. D’autres bâtiments mêlent le béton (toujours très présent), la pierre, le bois, la paille ou la terre crue…

 

Zoom sur la tour Elithis Danube

Nous le disions, la tour Elithis Danube Strasbourg est le totem, l’élément emblématique du programme Danube. Achevée en 2018, c’est la première tour d’habitation à énergie positive au monde. Emir Berkane, directeur stratégie et développement chez Elithis Groupe, nous explique : « Le concept d’énergie positive a été éprouvé une première fois avec la tour de bureaux Elithis Dijon. Nous l’avons répliqué sur du résidentiel à Strasbourg, dans le projet d’éco-quartier Danube. » Répliqué, et non pas dupliqué. En effet, si la méthode peut être dupliquée, chaque projet part d’une feuille blanche. Pour parvenir au double objectif énergie positive et facture d’énergie à 0€, les moyens mis en œuvre diffèrent nécessairement puisque les bâtiments sont construits de façon bioclimatique afin de maximiser les résultats énergétiques. « Eco construire c’est bien, éco concevoir, c’est mieux » affirme Emir Berkane. Dans le cas de la tour strasbourgeoise, conçue il y a 10 ans maintenant, la filière biosourcée n’existait pas. Mais elle a été construite « sur un modèle de frugalité » puisque chaque matériau utilisé a une fonctionnalité bien différente.

 

Le béton pièce essentielle des performances de l’ouvrage

Le béton a joué un rôle primordial dans la structure de l’ouvrage. Afin de répondre à la triple ambition économique, sociale et environnementale, 9 500 m3 de béton prêts à l’emploi ont été fournis par une entreprise locale, experte de ce type de chantier. Ce qui a permis de limiter les distances de transport. Ce béton prêt à l’emploi a été directement coulé au cœur des 1 500 m² de murs préfabriqués en béton armé à coffrage intégré. Un mode constructif choisi par les architectes du projet pour permettre au bâtiment d’atteindre des performances de pointe. Finalement, ce ne sont pas moins de 16 formulations de béton qui auront été commandées.

La pierre (sous sa forme béton), additionnée à l’emploi d’autres matériaux isolants et à 1 200 m2 de panneaux photovoltaïques sur l’ensemble de la façade, permet d’atteindre une efficacité énergétique redoutable. Après 3 ans d’exploitation, « 6 logements sur 10 ont une facture énergétique moyenne de - 36 € ! » détaille Emir Berkane. En fait, la production énergétique de la tour suffit théoriquement à couvrir l’ensemble des besoins des 63 logements.

 

Mais alors : comment vit-on dans un ÉcoQuartier ? « Très bien ! » répond Grégoire Klotz, le président de l’association des habitants de l’ÉcoQuartier Danube. « La façon dont a été pensé le site, l’espace et dont les bâtiments ont été construits favorisent les interactions entre les habitants. Cela permet de réfléchir à la façon dont on veut vivre ensemble. » Son association œuvre d’ailleurs à proposer des activités qui créent du lien. « Nous avons envie de faire venir des gens du quartier, car il y a une forme de fierté. Et ça, c’est différent de bien d’autres espaces partagés en ville ! », résume Grégoire Klotz.

 

 

 

Photo : Claude TRUONG-NGOC – Architecte Agence X-TU — Claude TRUONG-NGOC, CC BY-SA 3.0, https://fr.wikipedia.org/w/index.php?curid=11944981

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