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30.03.18 Le refuge du goûter : une superstructure d’altitude bien ancrée dans la pierre !

Le refuge du goûter : une superstructure d’altitude bien ancrée dans la pierre !

Perché à 3 835 mètres d’altitude, le refuge du Goûter dans le massif du Mont Blanc est l’un des plus hauts d’Europe. Construit entre 2010 et 2012 pendant les mois de printemps et d’été, cet impressionnant bâtiment ovoïde, en forme de soucoupe volante, a remplacé l’ancien refuge devenu vétuste. Températures extrêmes, vents violents et crête rocheuse… la pierre sous toutes ses formes a permis de relever ce défi de l’extrême !

L’ancien refuge du Goûter avait été construit en 1962. Il s’agissait d’une structure bois devenue complètement inadaptée pour gérer l’afflux d’aventuriers qui empruntent chaque année cette route du Mont Blanc. Devenu dangereux, le refuge ne convenait plus aux besoins en termes d’hygiène, de service et de préparation des alpinistes.

Un emplacement plus adapté

Dans un environnement où les rafales de vent peuvent dépasser les 250 km/h et les températures atteindre les -40°C, les maîtres d’œuvre ont d’abord réfléchi au lieu d’ancrage du futur ouvrage. L’architecte Christophe de Laage, qui a travaillé sur le projet, justifie le positionnement actuel : « le refuge est installé à l’écart de l’itinéraire qui monte au Mont Blanc, sur un éperon qui constitue une sorte de plateforme naturelle. » Ce choix permet aujourd’hui de dégager de l’espace pour les préparations des alpinistes à 3 ou 4h du matin alors que l’ancien refuge se trouvait sur l’itinéraire et rendait les arrivées et départs périlleux.

Christophe de Laage, architecte sur le projet

Une crête rocheuse pour lieu d’ancrage

La roche est la même que celle qui soutenait l’ancienne structure. Christophe de Laage explique que « le site du refuge est une arête de schiste avec un versant du côté de Chamonix qui est à 30° et un versant côté Saint-Gervais qui est à 60°. » A cet endroit, les blocs de roches sont posés les uns sur les autres et liés par la glace. On parle alors d’une instabilité sur une hauteur d’environ 4 mètres.

La préparation du terrain

Cette instabilité, il a fallu la maîtriser pour permettre un ancrage en toute sécurité. Christophe de Laage explique qu’il a fallu « purger l’ensemble de l’arête sur 4 mètres, on a donc extrait 330 m3 de roche ». Le rocher a été cassé et déglacé sur une surface totale de 200 m². L’équipe a ainsi pu atteindre le permafrost, une roche dont la température se maintient en permanence en dessous de 0°C et dans laquelle les architectes pouvaient envisager un ancrage stable du bâtiment.

Le ciment pour assurer la stabilité de cette superstructure

L’ancrage de la structure dans le permafrost a pour objectif à la fois de supporter son poids et d’empêcher l’arrachement. « Ces ancrages sont des tripodes, des tubes d’acier pétrolifères de 6-7 cm de diamètre qui ont été scellés à une profondeur de 8 à 12 mètres ! » Mais c’est le ciment qui assure la solidité. « Un coulis de ciment a été injecté à l’intérieur pour retirer tout air ou toute eau autour des tubes », détaille l’architecte. En tout, c’est l’équivalent de 10 m3 de béton qui ont été utilisés. Les tubes sortaient d’une vingtaine de centimètres du rocher. Sur ces tubes étaient ancrés des platines sur lesquelles a été posée une structure bois et métal pour construire la superstructure.

Acheminement des matériaux

Un acheminement des matériaux optimisé

Seulement 10 m3 de ciment, des éléments de petite taille, des matériaux légers… le tout préparé en vallée pour un poids et un volume optimisé. La raison de ces précautions, c’est le coût du transport sur ce type de chantier : 25% de la facture totale. Christophe de Laage et les différentes équipes qui ont travaillé sur le projet ont dû veiller à cette contrainte : « les matériaux étaient acheminés par hélicoptère, on était limité en poids à 500 kg par trajet ». Ce sont des hélicoptères Ecureuil, manipulables en montagne, qui ont assuré le transport. Pour le béton, le froid extrême n’était pas un problème car il était préchauffé et préparé en vallée puis le transporter par demi-m3 de 500 kg !

Une architecture futuriste

Ces contraintes de transport n’ont pas empêché les architectes de mener à bien leur projet : un refuge ovoïde habillé de 128 panneaux facettes en acier inoxydable.  Le choix de cette forme et de son emplacement, à l’aplomb de la voie d’ascension, n’est évidemment pas le fruit du hasard. Il s’agissait, par rapport à l’ancien refuge, de dégager les plus grandes façades de la neige et de n’en laisser qu’une petite ensevelie sous la congère. La forme ovoïde a été choisie car elle offre moins de résistance au vent et permet à la neige de glisser autour du bâtiment. La zone d’accumulation est donc réduite à l’arrière de la structure.

La pierre au service des alpinistes

Les alpinistes qui se rendent sur le toit de l’Europe sont désormais accueillis dans les meilleures conditions de sécurité, d’hygiène et de confort. « Le refuge est prévu pour accueillir 120 personnes, il est conçu sur 4 niveaux et comporte entrée, vestiaires, salle des réserves, salle des machines, espaces de vie commune avec notamment salle à manger panoramique, cuisine, infirmerie, dortoirs et appartement des gardiens », décrit Christophe de Laage. Le bâtiment construit comme un grand Lego fait aujourd’hui le bonheur des alpinistes qui font étape au Goûter avant d’atteindre les 4810 mètres du Mont Blanc… une nouvelle illustration qu’avec de la pierre et des idées, il n’y pas de limite à la construction !

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