Déconstruction de la Muraille de Chine à Clermont-Ferrand (63) : donner une seconde vie au béton

Déconstruction de la Muraille de Chine à Clermont-Ferrand (63) : donner une seconde vie au béton

Depuis l’été 2023, le plateau Saint-Jacques de Clermont-Ferrand est méconnaissable. Après des mois de travaux, l’ensemble de logements sociaux mieux connu sous le nom de « la Muraille de Chine » par les Clermontois n’est plus. Née au début des années 60, l’emblématique Muraille a été entièrement déconstruite pour laisser place dès 2030 à un projet de grand parc urbain souhaité par Clermont Auvergne Métropole. Ce sont donc 320 mètres de long d’habitations, 14 blocs d’immeubles sur 8 étages, 354 appartements, soient plus de 44 000 tonnes de béton qu’il a fallu démolir. Mais pas n’importe comment ! Lavieenpierre vous emmène dans les coulisses de ce chantier d’avenir, hors-normes.

 

La Muraille de Chine de Clermont-Ferrand : un symbole fort

 

En 1961, sur le plateau Saint-Jacques à Clermont-Ferrand, une barre d’habitation de 320 mètres de longs vient de sortir de terre. Cet imposant ensemble de 354 logements sur 40 mètres de haut domine la ville et ne passe pas inaperçu. Plus longue barre d’immeubles d’Europe de son époque, propriété du bailleur social local assemblia, elle apparaît comme un véritable rempart au cœur de la ville. Son surnom de « Muraille de Chine » lui colle rapidement « au béton ».

Durant plus de 60 ans, elle accueille jusqu’à 1 000 habitants. Les Clermontoises et les Clermontois ont donc presque tous une histoire personnelle avec cette Muraille située à quelques centaines de mètres de l’hypercentre.

Sa déconstruction est donc un véritable événement historique pour la ville et ses habitants. C’est une page qui se tourne pour tout un quartier.

Mais alors : pourquoi s’en séparer ?

Crédit photo : Ville de Clermont-Ferrand

Crédit photo : Ville de Clermont-Ferrand

 

Une rénovation difficile

 

Construit très rapidement dans les années 60, l’ensemble immobilier connaissait des faiblesses structurelles. Sous-dimensionné au moment de sa conception, des études ont montré que la Muraille n’aurait pas supporté la restructuration lourde nécessaire pour répondre aux normes sismiques actuelles et aux attentes des locataires. L’isolation phonique et thermique ou encore les espaces de vie étaient en effet devenus largement insuffisants.

De même, les frais de désamiantage de la toiture-terrasse du bâtiment auraient été particulièrement élevés.

La décision a donc été prise de privilégier la déconstruction de la Muraille et de reconstruire un quartier répondant davantage aux nouvelles attentes urbanistiques et environnementales des Clermontois. 

 

La Muraille de Chine de Clermont-Ferrand laisse place à un poumon vert

 

En effet, en lieu et place de la Muraille en 2030 : un parc de 3,5 hectares avec des cheminements doux et une conception en étages. Par ce projet ambitieux, Clermont Auvergne Métropole souhaite reconnecter la ville haute et la ville basse, dédensifier le quartier Saint-Jacques et le reconnecter avec le centre-ville de Clermont.

Ce nouvel espace doit également permettre de végétaliser la cité et limiter les effets du dérèglement climatique. Autour, tout un quartier est rénové avec la création de 270 logements et la réhabilitation de 327 autres pour diversifier l’offre d’habitation.

Grâce à ce projet de parc métropolitain, le quartier Saint-Jacques prend un nouveau visage : plus aéré, avec une vue plus dégagée, conforme aux attentes de la population en matière d’écologie, avec une nature plus présente et des voies de circulation plus douces.

Crédit photo : Clermont Auvergne Métropole

 

Le choix de la déconstruction plutôt que celui de la démolition

 

Première étape de ce lifting urbain, et pas des moindres : démanteler la Muraille… mais pas n’importe comment !

Dès lors, le choix de la déconstruction s’est imposé comme le plus rationnel. Si la démolition est le mode de destruction le plus classique d’un bâtiment, elle ne se préoccupe pas du tri ou de la préservation des matériaux utilisés. La déconstruction quant à elle vise à préserver les matériaux pour une réutilisation ultérieure, à récupérer les composants ou matériaux pouvant être recyclés. Un processus méticuleux et plus respectueux de l’environnement, en phase avec le projet de parc métropolitain à venir. « En tant que maître d'ouvrage, assemblia travaille à la réussite de cette déconstruction depuis bientôt 10 ans » explique le bailleur social. « C'est l'exemplarité écologique qui a guidé ce chantier. » Financée à 100 % par l’Agence nationale pour la rénovation urbaine à hauteur de 19 millions d’euros, la déconstruction de la Muraille de Chine est un des plus importants chantiers de ce type mené actuellement en Europe.

Chantier qui se découpe en trois actions distinctes : le curage avec le démontage et le tri des déchets intérieurs, la décontamination comme le désamiantage de la toiture et enfin la démolition avec récupération des matériaux pouvant être valorisés.

 

Muraille de Chine de Clermont-Ferrand : une déconstruction XXL…

 

C’est l’entreprise Demcy qui a dirigé le chantier clermontois, une filiale d’Eiffage reconnue pour avoir réalisé de nombreux chantiers de déconstruction d’envergure. « Les travaux ont démarré début 2022 » raconte Vincent Moretton, conducteur de travaux. « La démolition de tout ce qui est intérieur a duré 1 an. Cette phase de curage a permis de faire tomber tous les murs non porteurs. Le désamiantage du site a également débuté en 2022. Il a fallu attendre la fin de cette étape de désamiantage en avril 2023 pour pouvoir démolir la structure de la Muraille. Cela a duré jusqu’à l’été. » Une démolition intérieure qui a demandé de s’adapter et de composer avec les spécificités du bâtiment. « Il y avait 14 allées non communicantes » précise-t-il, « nous avons dû créer des ouvertures pour nous permettre de circuler plus facilement entre les différents blocs. »

 

… et des machines hors-normes !

 

Si le dynamitage a toujours été exclu, peu intéressant d’un point de vue économique et très bruyant, le béton a quant à lui été cassé de deux manières différentes.

Pour les zones les plus sensibles, notamment celles les plus proches du viaduc, du CHU et de la crèche de quartier, Demcy a opté pour la méthode de l’écrêtage, qui consiste à démolir les bâtiments niveau par niveau, évitant ainsi l’utilisation de pelles grand bras. « Nous avons utilisé des mini-engins, des mini-pelles pour y aller vraiment à la petite cuillère » précise Vincent Moretton, « c’est quelque chose que nous savons très bien faire et qui est top en termes de sécurité. »

Pour la majeure partie de la structure en béton, c’est une machine beaucoup plus impressionnante qui est intervenue sur la Muraille. « Il s’agit d’une pelle Liebherr 974 qui pèse environ 110 tonnes, avec un bras de 38 mètres de long » explique le conducteur de travaux de Demcy. « C’est une machine qu’on ne voit pas tous les jours. Elle n’est utilisée que pour les chantiers de très grande dimension et de très grande hauteur. Elle arrive sur site avec 4 camions et il faut toute une journée pour la monter. » Une machine hors-normes qui ne peut pas pour autant travailler seule. Pour la relayer, deux autres pelles de 40 tonnes et une pelle de 20 tonnes étaient présentes sur le chantier.

Ainsi, une allée de la Muraille était détruite chaque semaine, transformant 60 ans d’histoire de Clermont-Ferrand en gravats… à recycler !

 

40 000 tonnes de béton isolées

 

Un chantier de déconstruction de la taille de la Muraille de Chine, ce sont évidemment des volumes impressionnants de matériaux à trier. « Il s’agissait de logements sociaux avec beaucoup de béton » raconte Vincent Moretton, « environ 40 000 tonnes. Il y avait aussi pas mal de PVC et des déchets industriels banals. Avec toutes les portes, le bois représentait quant à lui environ 93 tonnes. » Enfin, 198 tonnes de déchets étaient liées aux fenêtres, métaux et ferrailles. Le béton restait donc le plus gros volume du chantier. « Il a fallu l’évacuer et trouver comment l’absorber sur le bassin clermontois » précise Vincent Moretton. Il a donc été minutieusement trié aux pieds de la Muraille par l’entreprise Demcy. « Nous ne pouvions pas concasser sur place, mais nous pouvions effectuer un pré-broyage. Nous l’avons aussi déferraillé pour faciliter son transport. Ensuite, le béton a été traité sur une plateforme d’Eiffage, à une quinzaine de kilomètres du chantier. »

 

Qu’est devenu tout ce béton issu de la Muraille de Chine de Clermont-Ferrand ?

 

Sur les 40 000 tonnes de béton évacuées du chantier de déconstruction de la Muraille, 12 000 tonnes ont été réutilisées sur place après avoir été concassées sur la plateforme d’Eiffage. « 6 000 tonnes ont servi à remblayer l’espace laissé par la destruction des caves et des fondations » précise l’entreprise Demcy, « et nous avons également créé un stock de 6 000 tonnes pour le chantier de parc urbain afin de profiler le relief. »

Les 28 000 tonnes de béton restantes ont été concassées et vont également être valorisées sur d’autres chantiers de terrassement ou de démolitions où il y a des fondations à remblayer.

100 % du béton de la Muraille de Chine a ainsi été traité et valorisé sur d’autres chantiers de la région clermontoise.

 

Un chantier vertueux et exemplaire

 

La démolition de la Muraille de Chine de Clermont-Ferrand est d’abord un chantier vertueux par le volume de matériaux traités, recyclés et valorisés, sans enfouissement. Mais il est aussi exemplaire d’un point de vue écologique et social.

En effet, le recyclage et la valorisation du béton, mis en œuvre de manière circulaire, ont notamment permis de limiter le nombre de camions sur les routes. « Nous avons économisé environ 200 véhicules » raconte Vincent Moretton, « si nous n’avions pas eu toute cette réflexion autour du recyclage du béton, les camions auraient transporté tous les gravats sur la plateforme et seraient repartis à vide dans le quartier Saint-Jacques. Ce sont donc aussi moins de nuisances émises, moins de gazole utilisé, moins de pollution et un meilleur bilan carbone pour ce chantier. »

Sur le plan social et économique, 29 entreprises de la région Rhône-Alpes-Auvergne ont participé au projet. « 80 % d’entre elles étaient même des entreprises du bassin clermontois » précise l’entreprise Demcy. Un chantier exemplaire qui a donné lieu à 12 000 heures d’insertion sociale avec à la clé l’embauche de deux personnes en CDI. L'ensemble des locataires ont quant à eux été relogés par assemblia dans de nouveaux logements construits dans le cadre du Nouveau Programme de Rénovation Urbaine. 

 

La Muraille de Chine et son béton n’ont donc pas totalement disparus du paysage local. Grâce au travail mené sur ce chantier d’avenir, ils ont repris vie différemment, sur place ou par petites touches à travers la région, sur d’autres projets de construction. « Déconstruire n'est pas un choix facile mais nous pouvons être collectivement fiers face au nouveau cadre de vie apporté aux habitants » se félicite le bailleur social. 

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