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18.11.20 Comment la Bastille domine Grenoble du haut de son rocher de calcaire ?

Comment la Bastille domine Grenoble du haut de son rocher de calcaire ?

Chaque année, plus de 600 000 visiteurs grimpent à 264 mètres au-dessus de Grenoble pour découvrir la Bastille. Cette forteresse offre une vue spectaculaire sur le massif de la Chartreuse et ses sommets enneigés. Accessible par une route serpentée ou par son fameux téléphérique à bulles, elle a été édifiée au XIXème siècle mais ses origines remontent au XVIIème siècle. Vous voulez découvrir les secrets de cette fortification faite de calcaire et de pierres de taille ? Embarquez à bord d’une cabine direction le symbole patrimonial de la capitale des Alpes !

 

Un lieu stratégique pour protéger la ville

En 1860, la Savoie est italienne et la frontière passe par la Chartreuse. Il est donc impératif pour Grenoble de se protéger des invasions ennemies. Comment ? En prenant de la hauteur pour surplomber l’Isère et débusquer les assaillants. Voilà pourquoi il a fallu occuper la colline qui domine Grenoble très rapidement. En 1591, sur ces pentes où alternent pointes rocheuses, falaises et éboulis, un premier projet de fortification est lancé par François de Bonne de Lesdiguières, militaire et bientôt estampillé duc par Louis XIII. Un siècle plus tard, c’est Louis XIV en personne qui invite Vauban à concevoir un nouveau projet car le système de défense est trop archaïque. Si des murailles sont érigées, la Bastille n’est toujours pas sortie de terre ! Il faut attendre le XIXème siècle pour que le projet se concrétise. Des nouveaux plans sont réalisés par le commandant Tournadre avant d’être envoyés en 1820 au Général Haxo. Chef du Comité du génie à Paris, ce dernier modifie légèrement les tracés et lance les travaux dès 1823.


Le Belvédère Vauban

La Bastille, une construction à flanc de falaise

Taillé dans la montagne, ce rocher calcaire a donc été fortifié pour parer une attaque provenant du massif de la Chartreuse. Pendant plus de vingt ans, les ouvriers s’attellent à construire l’imposante fortification. On commence par édifier un « donjon » qui permet de déjouer les mauvais tours des ennemies. Cette partie centrale est elle-même protégée côté montagne par un « cavalier casematé », pièce maîtresse du fort. Ces structures de pierres destinées à protéger la ville de Grenoble ont en effet été construites à cheval sur la montagne. Composé de deux ailes et de quatorze voûtes réalisées en pierres taillées et en briquettes, l’ouvrage se distingue par la qualité des voûtes d’arêtes. Une vraie prouesse pour l’époque ! Côté aval, un front bastionné est érigé, puis deux branches fortifiées s’élèvent en zigzag le long de la falaise pour rejoindre les portes fortifiées de la ville. Toujours dans l’enceinte des murailles, on ajoute un fort plus petit appelé « citadelle Rabot ». Ainsi, la Bastille se compose de deux sous-ensembles : le donjon en partie supérieure et la « citadelle Rabot » en partie moyenne occidentale. De quoi décourager les attaques des savoyards les plus téméraires !


Le Fort de la Bastille à Grenoble


Une esthétique qui surprend

L’architecture massive de la Bastille est caractéristique du XIXème siècle. Fini les toits aigus et élevés des siècles précédents, place à la mode des terrasses. Pourquoi un tel changement esthétique ? Parce que cela permet de supprimer les charpentes combustibles en cas de siège ! Fini également les moulures et les corniches aux amples volumes ronds. Quant aux portes, elles ne sont plus flanquées de pilastres, ni coiffées de frontons courbes et encore moins ornementées de bas-reliefs. L’extrême simplicité est désormais revendiquée ! Une baie cintrée entourée d’un cadre rectangulaire suffit à faire office d’ouverture.

Pour redescendre vers la ville, il faut emprunter un chemin en lacets initialement construit pour le passage des canons. Il traverse les bois, longe les remparts et laisse parfois la place à d’étranges souterrains creusés dans la roche calcaire. Un tracé étonnant qui permet aussi de découvrir le fameux jardin des Dauphins. C’est ici qu’un terrain calcaire et sec et l’orientation de la montagne ont permis de créer un microclimat méditerranéen où s’épanouissent cyprès, bananiers et autres oliviers.

Fortifications de la Bastille 

Des matériaux régionaux

Grâce à sa situation géographique, la ville de Grenoble a toujours utilisé des matériaux locaux pour ses monuments. Idem pour la construction des remparts et des digues. La Bastille n’échappe donc pas à la règle ! C’est une corniche calcaire vieille de 140 millions d’années qui domine à pic la berge droite de l’Isère et qui forme ce promontoire au pied de la montagne de la Bastille. Cette pierre a été utilisée comme matière première dès le 1er siècle pour des autels funéraires et votifs et jusqu’au 19e siècle.

C’est dans les carrières dites « extra muros » que le calcaire est prélevé pour réaliser les arcs, les angles et les encadrements. Aujourd’hui encore, les deux principales carrières sont encore bien visibles sous le jardin des Dauphins : l’une à proximité immédiate de la Porte de France et l’autre dite de la route de Clémencières et accessible par un petit chemin empierré. Maintenant abandonnées depuis 1879, elles ont fourni une pierre de taille de bonne qualité qui se distingue par une patine gris-blanchâtre et une cassure écailleuse gris foncé. Quant aux murs de soutènement, aux arcatures et aux voûtes, ils sont appareillés en moellons piqués pour les parements. Et pour l’édification de la Bastille, toutes ces pierres de carrières ont été laborieusement hissées à dos de mulet. Pendant des siècles, les calcaires de la Porte de France ont fourni une pierre de taille de qualité pour de nombreux monuments grenoblois : église Saint-Laurent, église Saint-André, Porte de France ou remparts de la ville. Cette pierre calcaire a également été très utilisée dans les fondations et en moellons de remplissage des murs sous crépi pour presque toutes les constructions du vieux Grenoble. A la fin du 19e siècle, avec les progrès des transports, on a commencé à lui préférer des pierres se taillant plus facilement.

Mais aujourd’hui, cette pierre est toujours mise à l’honneur avec ce qu’on appelle désormais « la terrasse des Géologues ». Du haut de cette terrasse, au sommet de la Bastille, le visiteur a une vue imprenable sur l’ouest de Grenoble, son avenue de 8 km de long, l’Isère et les montagnes.

 

La Bastille, chant du cygne de la fortification traditionnelle

Conçue et réalisée à la fin d’une époque, l’architecture de la Bastille est rapidement devenue caduque face à l’artillerie de longue portée et aux obus explosifs. Sa valeur militaire n’aura finalement été que de courte durée ! Durant le XXème siècle, la fortification est démunie petit à petit de ses garnisons. Mais attention, elle n’a pas dit son dernier mot… Au programme désormais : tourisme, enseignement et culture ! La construction d’un téléphérique en 1934 ouvre au public l’accès à la Bastille et l’ancienne caserne du donjon se métamorphose en restaurant.

 

Le téléphérique, une prouesse architecturale et technique

Votée en 1930 par le Conseil municipal de Grenoble, la construction du téléphérique a pour but de pallier les contraintes liées à la pente en favorisant l’ascension de la Bastille jusqu’à son sommet. Inaugurée quatre ans plus tard, cette remontée mécanique équipée de cabines est la troisième plus vieille du monde, après Rio de Janeiro et Cap Town. La réalisation des plans des deux gares est confiée à l’architecte Jean Benoit, tandis que les cabines sont fabriquées par la carrosserie Henri Crouzier. Le téléphérique utilise d’abord deux cabines bleues de forme dodécagonale. En 1976, plusieurs innovations sont lancées dont les fameuses bulles, œuvre de l'ingénieur Denis Creissels. Aujourd’hui devenues l’emblème de Grenoble, elles sont au de nombre de cinq et font la liaison quotidienne en quatre minutes !


Le téléphérique à bulles, oeuvre de l'ingénieur Denis Creissels 
 

Des musées, un centre de culture scientifique, technique et industriel, des restaurants et des activités sportives

La Bastille a dû s’adapter à l’affluence des visiteurs. En 2005, un dispositif métallique est installé pour relier les différents bâtiments. Il est remplacé en 2019 par une cage d’ascenseur en béton afin d’améliorer l’accessibilité auprès des personnes à mobilité réduite. Une mission délicate réalisée manuellement en raison de l’absence de grue ! Une fois le gravier et le ciment acheminé palette par palette, les ouvriers ont dû coffrer à la main, avant de ferrailler et vibrer le béton.

 

Aujourd’hui, la Bastille a fière allure ! Accessible pour tous, elle est devenue un lieu incontournable pour les touristes et le terrain de jeu préféré des grenoblois. Il est d’ailleurs possible d’atteindre son sommet par via ferrata. Alors, prêts à enfiler vos chaussures de randonnée ? 

 

Photos : ©Yohann Martins 

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