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10.02.21 Les habitats troglodytiques : histoire, usages et les sites à voir en Auvergne-Rhône-Alpes !

Les habitats troglodytiques : histoire, usages et les sites à voir en Auvergne-Rhône-Alpes !

Si l’on vous dit troglodyte, à quoi pensez-vous ? Caverne, grotte, précaire et ancien… C’est surtout un mode d’habitat assez méconnu. Il est pourtant présent sur l’ensemble des continents depuis la nuit des temps. Parfois très sommaire, l’habitat troglodytique peut aussi être très confortable et très aménagé. Selon les époques, les usages et le type de roche utilisé, il prend en effet des formes assez différentes. Partons à la découverte de cet habitat, son histoire, ses usages, ainsi que quelques exemples de sites remarquables en région Auvergne-Rhône-Alpes… 

 

Il est important de s’arrêter un instant sur une question de vocabulaire. On parle d’habitat troglodytique et non troglodyte. Le troglodyte est un être humain ou un animal qui vit dans ce type d’habitat. Il s’agit d’une architecture plus ou moins rudimentaire qui consiste à aménager des habitats souterrains ou creusés dans le rocher à flanc de montagne. Présente dans différentes traditions culturelles, elle peut avoir une fonction d’hébergement temporaire ou permanent, ou revêtir d’autres usages domestique, agricole ou religieux. Ce peut être un simple abri, comme une véritable cité souterraine.

Un habitat présent dès la préhistoire

C’est bien depuis la Préhistoire que l’Homme utilise des grottes naturelles ou des abris sous roche en guise de campement. En témoigne, les nombreuses traces de l’art pariétal de cette époque lointaine. Mais c’est surtout au Néolithique que l’on passe d’un simple abri saisonnier à un habitat plus permanent. La grotte sert alors d’habitat mais prend aussi une fonction cultuelle, funéraire, défensive et même économique avec le stockage de certaines denrées. Ces habitats troglodytiques peuvent parfois être très profonds et compter plusieurs kilomètres de galeries sur plusieurs étages.

Un contexte géologique adapté

Les maisons troglodytiques n’apparaissent pas dans n’importe quel contexte géologique. Elles peuvent être situées en versant de vallée, en surface d’un plateau ou encore en falaise. Elles sont généralement creusées dans des roches sédimentaires comme le calcaire, la molasse, le grès, le tuf, ou encore le lœss. Mais elles peuvent aussi être creusées dans des roches volcaniques comme c’est le cas, par exemple, on le verra plus loin avec le plateau de Perrier dans l’Allier. Les conditions géologiques sont essentielles puisque comme les conditions climatiques, elles peuvent présenter des contraintes quant à la pérennité de ces abris : infiltrations, ruissellement, décompression de la roche, effondrement, etc.

Mais à quoi servaient ces sites troglodytiques ?

Les sites troglodytiques ont bien été utilisés d’abord comme habitat permanent. Au début du 20e siècle encore, environ 25 000 personnes habitaient des maisons troglodytiques en France ! Mais ce fût aussi une solution d’habitat saisonnier, comme pour des bergers durant l’été dans les pâturages. Ces abris pouvaient alors être fermés avec des murs en pierres sèches et disposer d’un trou d’évacuation pour la fumée du foyer. Au Moyen-Âge, ils pouvaient avoir une fonction agricole et servaient de moyen de conservation des aliments. Faute de moyen de réfrigération, c’est ainsi qu’on augmentait la durée du stockage. Les cavités troglodytiques pouvaient aussi avoir une fonction défensive. Les villageois et leurs bêtes pouvaient les utiliser comme refuges. Enfin, les sites troglodytiques ont pu connaître une fonction cultuelle comme sépultures ou comme sanctuaires. On pourrait évoquer notamment les catacombes de la ville de Paris.

Un patrimoine aujourd’hui conservé et valorisé

Aujourd’hui, les sites troglodytiques revêtent davantage une fonction culturelle. C’est le cas depuis quelques années des carrières des Baux-de-Provence. Le lieu connaît une seconde vie plus artistique avec chaque année de nouvelles expositions sous la forme de projection sur 7000 m2 d’œuvres de grands peintres. Au-delà de cet exemple, le patrimoine troglodytique fait pleinement partie de notre héritage architectural et paysager. Il s’agit donc de le défendre et de le préserver. En France, les sites troglodytiques s’inscrivent de plus en plus dans des circuits touristiques pour favoriser les connaissances autour de la transmission de ce patrimoine. Aujourd’hui, de nombreux sites sont même réhabilités grâce à l’apport des nouvelles techniques et de nouvelles technologies.

Les sites troglodytiques remarquables en région AURA

  • Jonas, un lieu unique creusé au cœur d’un volcan, dans l’Allier.

Le site troglodytique de Jonas est situé dans le parc des volcans d’Auvergne. Si vous vous y rendez, vous découvrirez une magnifique chapelle couverte de fresques du 9e siècle ainsi qu’un château avec son escalier à vis creusé dans la roche, un four à pain et quelques 60 cavités souterraines. Vous bénéficierez en plus d’un très beau panorama sur la vallée de la Couze Pavin. Le site tire son origine de l’éruption du volcan de Jonas et de la formation de plusieurs cônes alignés sur une longue fissure. Ce sont des hommes du Moyen-Âge qui ont creusé ce véritable village au cœur du volcan. La chapelle fut construite par des moines tandis que le château fut bâti afin de sécuriser et de contrôler cette riche vallée. L’église et les grottes de Jonas sont classées au titre des Monuments historiques depuis 1886.


Le site troglodytique de Jonas

 

  • Monton et sa statue monumentale de la Vierge, dans le Puy-de-Dôme.

Ce qui rend le site troglodytique de Monton remarquable, c’est avant tout la statue monumentale de la Vierge qui coiffe la butte. Visible de loin, cette œuvre d’Aristide Belloc est la 4e plus haute statue de France : 21 mètres de haut pour environ 200 tonnes. Elle a été construite en pierre blanche de Beaucaire. Quant à l’habitat des grottes, il a été relativement bien conservé. Le site est classé à l’inventaire des sites remarquables et pittoresques depuis 1987. La falaise est percée d’une soixantaine de cavités disposées sur quatre niveaux avec des façades en retrait d’un niveau à l’autre. Elle est constituée d’un matériau assez hétérogène : des blocs rocheux très durs et un béton naturel qualifié de tuf. On repère des façades naturelles qui cohabitent avec des façades maçonnées avec des encadrements de porte en pierre taillée, l’arkose. Les grottes les plus profondes font jusqu’à 13,50 m et sont alors constituées de 2 ou 3 cellules creusées en enfilade.  Les cavités les plus spacieuses ne dépassent pas les 50 m2 avec des hauteurs sous plafond comprises entre 1,70 m et 2,80 m.

 


Le site troglodytique de Monton

 

  • Perrier, un site valorisé par un important travail de restauration, dans l’Allier.

A quelques kilomètres d’Issoire, dans la vallée de l’Allier, le village des Roches atteste d’une présence troglodytique depuis la période celtique. Aujourd’hui, on n’y retrouve encore pas moins de 300 grottes et abris. On considère le site comme l’un des plus beaux empilements de lahars du monde, c’est-à-dire ces coulées boueuses d’origine volcanique. Les premiers habitants ont sans doute commencé par aménager des abris naturels mais d’autres ont ensuite dû creuser les grottes et les caves que nous voyons. Grâce à l’œuvre de quelques bénévoles pour restaurer et valoriser le site, on se rend compte du formidable travail de nos ancêtres pour creuser et bâtir leur habitat. Et pour ne rien gâcher, c’est désormais une faune et une flore exceptionnelles qui occupent le site, le village des Roches n’ayant été habité par les hommes que jusqu’au 19e siècle.


Les grottes troglodytiques de Perrier
Crédit photo : Didier Gualeni

 

Le site des Balmes de Montbrun est un ancien volcan éventré. Ce sont les scories volcaniques qui ont formé des tufs, laissant une roche à la fois suffisamment solide mais aussi assez tendre pour y creuser des habitations troglodytiques. Si vous randonnez dans le secteur, vous pourrez rentrer dans une trentaine d’habitations creusées sur plusieurs étages. Certaines balmes, comme on les appelle, sont plus accessibles que d’autres, notamment celles situées en pied de falaise, les autres donnant parfois littéralement sur le vide. Vous pourrez également trouver, en plus de ces habitations, les ruines d’un château ainsi qu’une chapelle, qui elle est encore utilisée. Selon des études archéologiques, le village troglodytique de Montbrun était habité dès 1210 et encore jusqu’au 18e siècle.


Les Balmes de Montbrun

Et à travers le monde…

Sur la planète, les habitations troglodytiques sont nombreuses. Certaines aménagées dans des souterrains ou creusées dans la roche sont assez somptueuses. En voici quelques exemples :

 

  • Pétra en Jordanie

Ses façades de type hellénistique sont certainement les plus connues et les plus spectaculaire des sites troglodytiques. Dans cette cité créée vers la fin du 8e siècle avant notre ère, on trouve de nombreux tombeaux creusés dans la roche. Elle a servi de décor à plusieurs scènes du film Indiana Jones et la dernière croisade.


Le site troglodytique de Pétra

 

  • Matmata en Tunisie

Ce village du Sud de la Tunisie, accroché à flanc de montagne, à 600 mètres d’altitude, vaut le détour. Renommé pour ses remarquables habitations troglodytiques, il héberge encore pas moins de 2 100 habitants.


Habitations troglodytiques de Matmata

 

  • Falaise de Bandiagara au Mali

Cette falaise est une longue chaîne de grès qui s’étire sur une distance de 200 km du sud au nord-est du pays. Autrefois, c’est une ethnie de chasseurs-cueilleurs qui vivaient ainsi à flanc de falaise.

 

  • Matera en Italie

La ville italienne est également célèbre pour ses habitations troglodytiques. Celles-ci sont même classées au Patrimoine mondial de l’Humanité de l’UNESCO.


Matera

 

  • Uçhisar en Turquie

Il s’agit d’un village typique de la Cappadoce. C’est un véritable labyrinthe troglodytique qui relie de nombreux appartements, chapelles, monastères, salles communes sur une vingtaine d’étages. Aujourd’hui encore, certaines habitations sont encore occupées de façon permanente.


 Village de la Cappadoce

 

  • Une villa Troglodytique à Monaco

La villa troglodyte à l’angle de l’avenue Hector Otto est la première réalisation écologique labelisée « Bâtiments Durable Méditerranéens » à Monaco. Creusée dans la roche existante sur place, cette villa est qualifiée de véritable « laboratoire environnemental ». Signée J.B. Pastor & Fils cette construction a combiné plusieurs solutions techniques afin d'en faire un habitat pionnier en matière de performance énergétique.

Les habitats troglodytiques : histoire, usages et les sites à voir en Auvergne-Rhône-Alpes !
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